Cher tueur, je vous aime…

2 04 2010

Angelina Elander

Enquête sur la groupie d’un tueur en série.

Sa photo est à la une des tous leurs quotidiens. Les belges n’ont pas pu passer à côté. Ils ont découvert au petit-déjeuner, le visage d’Angelina Elander.  Tignasse noire, yeux bleux écarquillés, lèvres rouge vif, le portrait de cette suédoise de 40 ans ne laisse rien présager de bon. Et le texte qui l’accompagne encore moins. Cette femme serait, selon les journalistes, folle amoureuse de l’un des plus célèbres meurtriers de Belgique : Kim de Gelder. L’année dernière, tout juste sorti de l’adolescence, il a massacré à coups de couteau deux bébés et une puéricultrice dans une crèche de Termonde. Surnommé le « joker killer », l’histoire de ce garçon était assez macabre pour traverser la frontière franco-belge et alimenter également nos gros titres.

Folle amoureuse ? Plutôt folle furieuse

Récemment, des journalistes belges ont donc découvert le blog d’Angelina Elander. La suédoise a mis en ligne une pétition pour obtenir la libération de Kim de Gelder. « Libérez-le, il promet d’être un gentil garçon à partir de maintenant. Si vous signez cette pétition je lui enverrais cette lettre :

« Mon amour,

J’espère que tout va bien pour toi en prison et que tu ne flirtes pas avec les surveillantes sexy… ni avec les laides. Si elles ont touché un seul de tes cheveux, je les tue, toutes. J’ai pris contact avec al-qaida et la maison blanche, ils sont au courant du deal. Donne-moi ce que je veux et ce ne sera pas la fin du monde. (…) Tu dois promettre d’être bon. Plus d’assassinats de bébés, ni d’agressions de vieilles femmes. Tu me seras fidèle pour toujours. Tu n’a pas intérêt à draguer les infirmières. Je dis ça parce que je t’aime et que je suis envahie par une jalousie irrationnelle.

Angelina. »

Folle amoureuse ? Folle furieuse plutôt ont pensé certains belges. Car cette lettre n’est que le sommet de l’iceberg. Sur son blog, Angelina raconte en intégralité toutes ses démarches pour entrer en contact avec le tueur. Ses tentatives téléphoniques sont restées vaines. Alors elle a candidaté à la prison de Bruges, où est enfermé Kim de Gelder, pour y obtenir un poste qui lui permettrait de l’approcher.

Angelina n’est pas une folle, c’est une pro de la com’

J’ai mené ma petite enquête sur internet pour découvrir qui est Angelina Elander. D’après son myspace, c’est une artiste. Elle peint, elle chante. http://www.myspace.com/angelinaelander

Ses  influences ? La  mort, écrit-elle. A l’heure du web 2.0, fouiller dans l’intimité de quelqu’un est un jeu d’enfant. Mais cette fouille là, fait frémir. Enfin tout est pensé pour faire frémir. Son myspace, son facebook, son blog sont aussi noirs que ses cheveux.  De la photo de prison mise en page d’accueil à ses photos. On y voit « l’artiste » lécher la lame d’un couteau et des poupées décapitées. Sur you tube, elle a posté tout un tas de vidéo qui n’ont ni queue ni tête. En particulier celle-ci, où elle se met en scène écrivant une lettre. Un rapport avec les fameuses déclarations d’amour au tueur ? Rien d’explicite mais on peut l’imaginer.

J’ai ressenti un sentiment de culpabilité comme si je m’étais introduit chez elle. Mais, je n’avais pas du tout pénétrer son intimité, j’avais seulement vu ce qu’elle voulait que l’on voit d’elle. Son univers aussi soigné que son look. Blonde pendant des années, elle s’est récemment coupé et teint les cheveux. La ressemblance avec Lisbeth Salander, l’héroïne de Millénium, n’a certainement pas échappé au suédois où le roman est devenu un best-seller.

Vendre, pour une artiste en mal de célébrité, cela reste une priorité. Angelina n’est pas folle. Mais simplement une bonne communicante. En déclarant son amour à Kim de Gelder elle profite de sa notoriété, provoque et le résultat est là, on parle d’elle. Un bon coup de pub, en somme.





Existe-t-il un vrai Dexter Morgan ?

26 03 2010

Enquête sur la naissance d’un tueur en série cathodique

Il a beau tuer froidement tout un tas d’affreux bonhommes,  on espère à chaque épisode qu’il ne se fera pas coincer. On l’aime ce Dexter Morgan. On aime CE tueur en série, là, pas les autres. Et si, Dexter Morgan existait vraiment, aurait-on la même compassion pour un vrai tueur avec des vrais cadavres ? La question pourrait bien se poser, au plutôt pourrait s’être déjà posée… C’est ce que pense avoir découvert, Stéphane Bourgoin, l’incontournable spécialiste français des tueurs en série. Selon lui, Dexter Morgan ressemble étrangement à Manuel Pardo Jr. Alors qu’il était policier à Miami, cet américain a tué dans les années 90, neuf dealers de drogue. J’ai retrouvé un article sur lui, datant du 19 juin 1990.

 

Article de Weekly Word News sur Manuel Pardo datant du 19 juin 1990

Manuel Pardo, le flic qui éliminait les dealers

On y apprend, que tout comme Dexter, Manuel Pardo, était le gentil papa d’une petite fille de 10 ans. Ce bon père de famille avait une double vie. Le jour, il arpentait les rues de Miami en uniforme, la nuit en civil. Dans les deux cas, il traquait les malfrats. En bon flic le jour, en justicier hors la loi, la nuit. Il explique ainsi ces débuts :

Manuel Pardo « Une petite fille est morte dans mes bras d’une overdose. Mais les gars qui lui ont vendu de la drogue n’ont eu aucun problème avec la justice. Qu’est-ce qu’on fait dans ces cas là ? ».

Manuel Pardo décide alors d’éliminer tout seul ces petites frappes de la drogue. Il y prend un certain plaisir « je pouvais tirer 20 fois sur l’un d’entre eux et dormir comme un bébé ». Pas de remords, car comme Dexter, Manuel Pardo est persuadé de faire le bien selon ses codes. Et nous, qu’en pensons- nous ? Le journaliste du Weekly Word News pose d’ailleurs la question aux lecteurs. « Pensez-vous que l’officier Manuel Pardo doit être condamné pour avoir débarrassé de nos rues, neuf dealers de drogue ? » Rien qu’à la formulation de la question, on comprend vite son avis à lui. Manuel Pardo a bien fait. La justice américaine a en a décidé autrement. 20 ans après, Manuel Pardo attend toujours dans le couloir de la mort qu’on veuille bien le mener jusqu’à la chaise électrique.

Steve Schliebe, l’analyste des traces de sang

Les fans de la série ont tout de suite relayé la découverte de Stéphane Bourgoin sur leur forum « Addicted to Dexter ». Eux aussi traquent depuis le début de la série, le tueur qui se cache derrière Dexter. Ils avaient déjà établi que les scénaristes avaient fait appel au criminologue Steve Schliebe pour que Dexter soit plus crédible.  Ce « blood spatter analyst », analyste de traces de sang à la Miami Metro Police, que l’on voit en action dans la vidéo ci-dessous, a en effet donné des conseils à la production. D’accord, ça c’est pour la vraisemblance scientifique, mais on peut difficilement penser que ce brave monsieur est inspiré les scénaristes pour le côté obscure de Dexter.

Alors d’où vient Dexter ? De l’imagination de Jeff Lindsay. Un auteur de polars, qui avant d’écrire Darkly dreaming Dexter en 2004, n’avait jamais connu de gros succès en librairie. Depuis, l’adaptation de son livre, l’homme est richissime et raconte en boucle la même anecdote sur la création de Dexter .

Jeff Lindsay : Beaucoup de gens veulent savoir comment j’ai eu l’idée de créer Dexter. Je donnais une conférence à des hommes d’affaires sur l’importance d’encourager les artistes. Je les regardais. Ils discutaient, s’échangeaient leurs cartes de visites. Ils ne m’écoutaient pas. Et là je me suis dit, les meurtres en série ne sont pas forcément une mauvaise chose ! Je ne dis pas que j’avais tous envie de les tuer, mais l’idée m’a traversé l’esprit. Alors sur des serviettes, j’ai commencé à écrire, à imaginer l’histoire de Dexter.


Voilà.  Donc selon Jeff Lindsay, à aucun moment il n’a pensé, il n’a été inspiré par Manuel Pardo Jr. L’hypocrisie des hommes d’affaires lui a tout « simplement » donné des envies de meurtres. Et Dexter est né.

sur son profil Facebook, Mark Mitchell avait écrit "Mark Mitchell se sent très proche de Dexter Morgan".

Mark Twitchell, le copycat de Dexter

Si, à l’en croire, aucun tueur en série ne l’a jamais inspiré, Dexter  est peut-être lui une source d’inspiration. L’année dernière, la police canadienne a arrêté un cinéaste de 29 ans, Mark Twitchell, Les enquêteurs sont convaincus qu’il s’est inspiré de la série pour tuer un homme de 39 ans. Mark Twitchell a utilisé le même mode opératoire que Dexter. Sur facebook, il avait écrit « Mark Mitchell se sent très proche de Dexter Morgan ». Le corps de la victime n’a jamais été retrouvé.

Pour aller plus loin, l’interview de Stéphane Bourgoin sur sa découverte :

http://www.tvmag.com/programme-tv/article/serie/50637/dexter-vu-par-un-expert-en-tueurs-en-serie.html





USA : le bellâtre de « Tournez manège » était un tueur en série

25 03 2010

A gauche, Rodney Alcala en 1978. A droite, lors de son procès en février 2010.


Décryptage

En France, quand on fouille dans les archives de « Tournez manège » c’est bien souvent pour se moquer. On adore revoir ces candidats au look improbable qui draguent sans finesse et repartent bredouilles. Plus ils sont ridicules plus ils nous font rire et ça nous fait du bien. Aux états-unis, un épisode de l’émission « Dating game » – le tournez manège américain- tourne en boucle sur internet. Il date du 13 septembre 1978. Le candidat numéro 1 est le tueur en série : Rodney Alcala.

Imaginez,  un Michel Fourniret ou un Emile Louis, assis dans un décor pailleté, tapant dans le dos de Cauet et essayant de draguer Claudine ou Bernadette… On ne rirait plus du tout.

Les américains ont vu et revu cette vidéo de 1978. Trente ans après, plus question de se laisser duper par ce bellâtre à la chevelure soyeuse. Son sourire « ultra bright » devient forcément pervers. Son regard charmeur, profondément malsain.  Les américains veulent enfin déceler ce qu’ils ont loupé il y a trente ans.

Extraits de « Dating game »

Le présentateur : Le candidat numéro 1 est un photographe à succès… son père l’a trouvé à l’âge de 13 ans dans une chambre noire en train de développer ses clichés. Entre les séances photos, vous le trouverez en train de  faire de la chute libre, ou de la moto. Veuillez applaudir Rodney Alcala !

Rodney Alcala : on va vraiment s’amuser tous les deux, Sheryl.

Sheryl (la candidate) : Rodney, quel est ton moment préféré de la journée ?

Rodney : La nuit.

Sheryl : Pourquoi ?

Rodney : La nuit, c’est là où ça devient vraiment bon.

Sheryl : Je te sers comme dîner, quel plat es-tu et à quoi tu ressembles ?

Rodney : Je suis une banane et j’ai l’air très bon.

Sheryl : Peux-tu être plus spécifique ?

Rodney : Epluche-moi !

Le public est hilare. Sheryl aussi, elle se trémousse à chacune des réponses de Rodney Alcala. Il lui plaît tellement que c’est lui qu’elle choisit à la fin de l’émission.  La scène autrefois divertissante est aujourd’hui  effrayante. Elle est épouvantable pour les américains. Car ils ont ri, ils ont applaudi celui qui a violé puis étranglé une dizaine de femmes et de fillettes. Celui qui au moment de l’émission, avait déjà purgé 3 ans de prison pour le viol et la tentative de meurtre sur une fillette de 8 ans.

Ceux qui étaient trop jeunes pour voir l’émission à l’époque, la découvre sur le net. Voici une sélection de leurs commentaires sur You tube :

  • slLLyhumans He seems like such a happy guy . (Il a l’air d’être un mec heureux)
  • sethmanrockandroll A real charmer too. No one could’ve ever spotted him as a murderer just by looking at him. (Un vrai charmeur aussi. Personne n’aurait pu se douter que c’était un tueur juste en le regardant)
  • geiuy actually he had a strange look in he’s eyes (En fait, il a quand même un regard bizarre)
  • thekiller678 creepy (effrayant)
  • emapeal1 if I was watching the show without knowing about Acala being the killer and some one asked me who I thought was the serial killer – I would have picked the woman contestant (si j’avais regardé l’émission sans savoir qu’Alcala était un tueur, et si on m’avait demandé qui était le tueur en série, je crois que j’aurai dit : la candidate)

Ils se sont laissés avoir, comme les victimes. Les profilers sont formels, les tueurs en série sont de vrais caméléons.  Impossible pour leurs proches  de remarquer un comportement suspect. Ils sont tous de bons maris, de bons voisins. Certains participent à des œuvres de charité, d’autres vont assidûment à la messe. La mère, l’épouse, l’ami du tueur en série n’a jamais rien vu venir. Et quand le masque tombe, ils sont envahis par un sentiment de culpabilité, comme s’ils avaient été complices par omission.

Et voilà, que par le biais de la télévision, des milliers d’américains se retrouvent eux aussi avec ce sentiment de culpabilité. Eux non plus n’ont rien vu, n’ont  rien perçu, ils ont même applaudi.

Comment cette vidéo est-elle remontée à la surface ? On pourrait penser que c’est quelqu’un de la production, qui, entendant parler du procès de Rodney Alcala, s’est souvenu de lui. Non, cette émission tout le monde l’avait oubliée, sauf Rodney. Comment, ce tueur narcissique aurait-il pu en effet oublier son grand moment de gloire cathodique ? Lors de son procès, Rodney Alcala, qui a tenu à se  défendre seul sans avocats, a demandé à montrer cette vidéo aux jurés. En tant que preuve. Il voulait prouver que les boucles d’oreilles que l’on avait retrouvées chez lui, n’étaient pas celles de la fillette qu’on l’accusait d’avoir tuée. Mais bien les siennes, puisqu’il les portait le jour de l’émission. Il n’a convaincu personne. A 66 ans, Rodney Alcala a été condamné par les jurés à la peine capitale.

Aussi sur Rodney Alcala  : le sujet de mes collègues lci est @vous !

http://www.wat.tv/video/lci-est-vous-jeudi-11-mars-2010-2bl1b_mvui_.html