Meurtres en série sur Chatroulette

13 05 2010

Quand la pub aime le faux sang

Sur chatroulette, comme à la roulette russe, on tombe sur tout. Des pervers, des ados boutonneux, des geeks dans l’obscurité, des femmes nues (plus rare)… On peut désormais tombez nez à nez avec un tueur en série, en pleine action. Vous pensez entamer une discussion avec une sage brunette, au look de première de la classe, quand derrière elle surgit un vilain tueur masqué qui l’égorge sur le champ. Il s’agit bien sûr d’une vidéo virale, créée par une agence de pub madrilène pour la chaîne espagnole BUZZ. Tv. Les publicitaires ont habilement joué leur coup, puisqu’ils ont mis en ligne les réactions des internautes.

Ce n’est pas au vieux singe qu’on apprend à faire la grimace

Pas de cris, pas de panique… Face à la vidéo, les internautes restent de marbre. Au pire, ils sourient. Il faut dire que le look très kitch du tueur en série, tout droit sorti de Scream, n’est pas franchement vraisemblant. A l’heure, où les internautes sont habitués aux fakes les plus absurdes… Il en aurait fallu un peu plus pour leur faire peur. Mais bon, reconnaissons-le, c’est un joli coup de pub.





Existe-t-il un vrai Dexter Morgan ?

26 03 2010

Enquête sur la naissance d’un tueur en série cathodique

Il a beau tuer froidement tout un tas d’affreux bonhommes,  on espère à chaque épisode qu’il ne se fera pas coincer. On l’aime ce Dexter Morgan. On aime CE tueur en série, là, pas les autres. Et si, Dexter Morgan existait vraiment, aurait-on la même compassion pour un vrai tueur avec des vrais cadavres ? La question pourrait bien se poser, au plutôt pourrait s’être déjà posée… C’est ce que pense avoir découvert, Stéphane Bourgoin, l’incontournable spécialiste français des tueurs en série. Selon lui, Dexter Morgan ressemble étrangement à Manuel Pardo Jr. Alors qu’il était policier à Miami, cet américain a tué dans les années 90, neuf dealers de drogue. J’ai retrouvé un article sur lui, datant du 19 juin 1990.

 

Article de Weekly Word News sur Manuel Pardo datant du 19 juin 1990

Manuel Pardo, le flic qui éliminait les dealers

On y apprend, que tout comme Dexter, Manuel Pardo, était le gentil papa d’une petite fille de 10 ans. Ce bon père de famille avait une double vie. Le jour, il arpentait les rues de Miami en uniforme, la nuit en civil. Dans les deux cas, il traquait les malfrats. En bon flic le jour, en justicier hors la loi, la nuit. Il explique ainsi ces débuts :

Manuel Pardo « Une petite fille est morte dans mes bras d’une overdose. Mais les gars qui lui ont vendu de la drogue n’ont eu aucun problème avec la justice. Qu’est-ce qu’on fait dans ces cas là ? ».

Manuel Pardo décide alors d’éliminer tout seul ces petites frappes de la drogue. Il y prend un certain plaisir « je pouvais tirer 20 fois sur l’un d’entre eux et dormir comme un bébé ». Pas de remords, car comme Dexter, Manuel Pardo est persuadé de faire le bien selon ses codes. Et nous, qu’en pensons- nous ? Le journaliste du Weekly Word News pose d’ailleurs la question aux lecteurs. « Pensez-vous que l’officier Manuel Pardo doit être condamné pour avoir débarrassé de nos rues, neuf dealers de drogue ? » Rien qu’à la formulation de la question, on comprend vite son avis à lui. Manuel Pardo a bien fait. La justice américaine a en a décidé autrement. 20 ans après, Manuel Pardo attend toujours dans le couloir de la mort qu’on veuille bien le mener jusqu’à la chaise électrique.

Steve Schliebe, l’analyste des traces de sang

Les fans de la série ont tout de suite relayé la découverte de Stéphane Bourgoin sur leur forum « Addicted to Dexter ». Eux aussi traquent depuis le début de la série, le tueur qui se cache derrière Dexter. Ils avaient déjà établi que les scénaristes avaient fait appel au criminologue Steve Schliebe pour que Dexter soit plus crédible.  Ce « blood spatter analyst », analyste de traces de sang à la Miami Metro Police, que l’on voit en action dans la vidéo ci-dessous, a en effet donné des conseils à la production. D’accord, ça c’est pour la vraisemblance scientifique, mais on peut difficilement penser que ce brave monsieur est inspiré les scénaristes pour le côté obscure de Dexter.

Alors d’où vient Dexter ? De l’imagination de Jeff Lindsay. Un auteur de polars, qui avant d’écrire Darkly dreaming Dexter en 2004, n’avait jamais connu de gros succès en librairie. Depuis, l’adaptation de son livre, l’homme est richissime et raconte en boucle la même anecdote sur la création de Dexter .

Jeff Lindsay : Beaucoup de gens veulent savoir comment j’ai eu l’idée de créer Dexter. Je donnais une conférence à des hommes d’affaires sur l’importance d’encourager les artistes. Je les regardais. Ils discutaient, s’échangeaient leurs cartes de visites. Ils ne m’écoutaient pas. Et là je me suis dit, les meurtres en série ne sont pas forcément une mauvaise chose ! Je ne dis pas que j’avais tous envie de les tuer, mais l’idée m’a traversé l’esprit. Alors sur des serviettes, j’ai commencé à écrire, à imaginer l’histoire de Dexter.


Voilà.  Donc selon Jeff Lindsay, à aucun moment il n’a pensé, il n’a été inspiré par Manuel Pardo Jr. L’hypocrisie des hommes d’affaires lui a tout « simplement » donné des envies de meurtres. Et Dexter est né.

sur son profil Facebook, Mark Mitchell avait écrit "Mark Mitchell se sent très proche de Dexter Morgan".

Mark Twitchell, le copycat de Dexter

Si, à l’en croire, aucun tueur en série ne l’a jamais inspiré, Dexter  est peut-être lui une source d’inspiration. L’année dernière, la police canadienne a arrêté un cinéaste de 29 ans, Mark Twitchell, Les enquêteurs sont convaincus qu’il s’est inspiré de la série pour tuer un homme de 39 ans. Mark Twitchell a utilisé le même mode opératoire que Dexter. Sur facebook, il avait écrit « Mark Mitchell se sent très proche de Dexter Morgan ». Le corps de la victime n’a jamais été retrouvé.

Pour aller plus loin, l’interview de Stéphane Bourgoin sur sa découverte :

http://www.tvmag.com/programme-tv/article/serie/50637/dexter-vu-par-un-expert-en-tueurs-en-serie.html





USA : le bellâtre de « Tournez manège » était un tueur en série

25 03 2010

A gauche, Rodney Alcala en 1978. A droite, lors de son procès en février 2010.


Décryptage

En France, quand on fouille dans les archives de « Tournez manège » c’est bien souvent pour se moquer. On adore revoir ces candidats au look improbable qui draguent sans finesse et repartent bredouilles. Plus ils sont ridicules plus ils nous font rire et ça nous fait du bien. Aux états-unis, un épisode de l’émission « Dating game » – le tournez manège américain- tourne en boucle sur internet. Il date du 13 septembre 1978. Le candidat numéro 1 est le tueur en série : Rodney Alcala.

Imaginez,  un Michel Fourniret ou un Emile Louis, assis dans un décor pailleté, tapant dans le dos de Cauet et essayant de draguer Claudine ou Bernadette… On ne rirait plus du tout.

Les américains ont vu et revu cette vidéo de 1978. Trente ans après, plus question de se laisser duper par ce bellâtre à la chevelure soyeuse. Son sourire « ultra bright » devient forcément pervers. Son regard charmeur, profondément malsain.  Les américains veulent enfin déceler ce qu’ils ont loupé il y a trente ans.

Extraits de « Dating game »

Le présentateur : Le candidat numéro 1 est un photographe à succès… son père l’a trouvé à l’âge de 13 ans dans une chambre noire en train de développer ses clichés. Entre les séances photos, vous le trouverez en train de  faire de la chute libre, ou de la moto. Veuillez applaudir Rodney Alcala !

Rodney Alcala : on va vraiment s’amuser tous les deux, Sheryl.

Sheryl (la candidate) : Rodney, quel est ton moment préféré de la journée ?

Rodney : La nuit.

Sheryl : Pourquoi ?

Rodney : La nuit, c’est là où ça devient vraiment bon.

Sheryl : Je te sers comme dîner, quel plat es-tu et à quoi tu ressembles ?

Rodney : Je suis une banane et j’ai l’air très bon.

Sheryl : Peux-tu être plus spécifique ?

Rodney : Epluche-moi !

Le public est hilare. Sheryl aussi, elle se trémousse à chacune des réponses de Rodney Alcala. Il lui plaît tellement que c’est lui qu’elle choisit à la fin de l’émission.  La scène autrefois divertissante est aujourd’hui  effrayante. Elle est épouvantable pour les américains. Car ils ont ri, ils ont applaudi celui qui a violé puis étranglé une dizaine de femmes et de fillettes. Celui qui au moment de l’émission, avait déjà purgé 3 ans de prison pour le viol et la tentative de meurtre sur une fillette de 8 ans.

Ceux qui étaient trop jeunes pour voir l’émission à l’époque, la découvre sur le net. Voici une sélection de leurs commentaires sur You tube :

  • slLLyhumans He seems like such a happy guy . (Il a l’air d’être un mec heureux)
  • sethmanrockandroll A real charmer too. No one could’ve ever spotted him as a murderer just by looking at him. (Un vrai charmeur aussi. Personne n’aurait pu se douter que c’était un tueur juste en le regardant)
  • geiuy actually he had a strange look in he’s eyes (En fait, il a quand même un regard bizarre)
  • thekiller678 creepy (effrayant)
  • emapeal1 if I was watching the show without knowing about Acala being the killer and some one asked me who I thought was the serial killer – I would have picked the woman contestant (si j’avais regardé l’émission sans savoir qu’Alcala était un tueur, et si on m’avait demandé qui était le tueur en série, je crois que j’aurai dit : la candidate)

Ils se sont laissés avoir, comme les victimes. Les profilers sont formels, les tueurs en série sont de vrais caméléons.  Impossible pour leurs proches  de remarquer un comportement suspect. Ils sont tous de bons maris, de bons voisins. Certains participent à des œuvres de charité, d’autres vont assidûment à la messe. La mère, l’épouse, l’ami du tueur en série n’a jamais rien vu venir. Et quand le masque tombe, ils sont envahis par un sentiment de culpabilité, comme s’ils avaient été complices par omission.

Et voilà, que par le biais de la télévision, des milliers d’américains se retrouvent eux aussi avec ce sentiment de culpabilité. Eux non plus n’ont rien vu, n’ont  rien perçu, ils ont même applaudi.

Comment cette vidéo est-elle remontée à la surface ? On pourrait penser que c’est quelqu’un de la production, qui, entendant parler du procès de Rodney Alcala, s’est souvenu de lui. Non, cette émission tout le monde l’avait oubliée, sauf Rodney. Comment, ce tueur narcissique aurait-il pu en effet oublier son grand moment de gloire cathodique ? Lors de son procès, Rodney Alcala, qui a tenu à se  défendre seul sans avocats, a demandé à montrer cette vidéo aux jurés. En tant que preuve. Il voulait prouver que les boucles d’oreilles que l’on avait retrouvées chez lui, n’étaient pas celles de la fillette qu’on l’accusait d’avoir tuée. Mais bien les siennes, puisqu’il les portait le jour de l’émission. Il n’a convaincu personne. A 66 ans, Rodney Alcala a été condamné par les jurés à la peine capitale.

Aussi sur Rodney Alcala  : le sujet de mes collègues lci est @vous !

http://www.wat.tv/video/lci-est-vous-jeudi-11-mars-2010-2bl1b_mvui_.html